dimanche 31 janvier 2010

Au revoir Celine Asselin

Consciente que la mort fait partie de mon travail, elle parvient toujours à me bouleverser. Je m'attends chaque jour qu'un résident quitte ce monde, j'y suis en quelque sorte préparée mais je n'étais certainement pas préparée à ce que la grande faucheuse emporte une de mes collègues. En effet, Mardi dernier, une des infirmières de notre centre d' hébergement s'est enlevée la vie. Inutile de préciser que cela causa un onde de choc qui nous ébranla tous. Un flot de larmes nous emporta vers l'inévitable question "pourquoi". Je ne la connaissais pas autant que certaines de mes collègues qui travaillaient avec elle depuis plus d'une décennie mais depuis l'annonce de son décès je ne fais que me mémorer les instants, aussi brefs soit-il, que nous avons partagés. Il me semble encore l'entendre dire aux patients:" bonjour c'est Céline votre infirmière". Je la revois encore me regarder par dessus ses lunettes déposées sur le bout de son nez... La semaine dernière nous avons travaillé ensembles... Je revois constamment cette journée, l'analysant dans ses moindres détails. Je n'ai pas su percevoir sa détresse, son mal de vivre grandissant au point de devenir insurmontable. Mais aurais-je pu déceler ne serait-ce qu'une parcelle de tristesse? Je la connaissais si peu... Peut-être aurais-je simplement dû lui demander comment elle allait? Je crois que je n'y ai même pas pensé... Ma collègue de travail, une femme que je côtoyais des heures durant souffrait de dépression et moi je n'ai absolument rien vu... J'ai été complètement aveugle à sa souffrance. Elle semblait parfois fatiguée voire même presque épuisée mais sans plus. Du moins, elle ne me paraissait pas foncièrement malheureuse. C'est tellement triste...

Nos conversations tournaient essentiellement sur nos enfants. Elle parlait avec fierté de son adolescente, j'en faisais tout autant. Elle disait souvent que cette dernière était très douée et incroyablement facile comme enfant. Quelque temps avant ce triste jour, j'ai croisé sa fille au travail et j'ai été surprise de voir à quel point elle était grande et jolie. La dernière fois que j'ai travaillé avec Céline, je lui ai dit:"hey Céline ça n'a pas de bon sens que tu es une fille si grande et si belle! Wow, tu as raison d'en être si fière". Elle a relevé la tête, à sourit et m'a répondu:" c'est vrai qu'elle est belle ma fille hein"?

Je ne cesse de penser à son adolescente qui pleurera sa mère des années durant tout comme moi je pleure la mienne. Je pense à ses parents à ses amies, à mes collègues qui ont encore peine à réaliser qu'elle est partie et que jamais elle ne reviendra. Ma peine est bien réelle, ma stupéfaction l'est tout autant. Je ne peux qu'espérer qu'il y a un après et qu'elle y est libre et sereine. Je ne peux qu'espérer qu'un tel mal de vivre ne s'emparera plus jamais de ceux qui m'entourent, que je saurai désormais déceler cette souffrance qui conduit au point de non-retour.
Au revoir ma belle Céline x x x
Si la peine s'empare de vous et que vous désirez discuter voici mon mail, qui que vous soyez, je serai là. ocean-rose17@hotmail.com

4 commentaires:

BionicMom a dit…

C'est un beau texte que tu as écris. Je me suis revu moi aussi quand elle me regardait par-dessus ces lunettes!
On remet plein de choses en question. On essaie de voir ce qui a pu nous passer sous le nez.
La vie est tellement fragile.
Merci Mélanie

Le Jardins des Secrets a dit…

Merci du commentaire, sincerement x x x

sylvainr a dit…

Bonjour,

Je suis vraiment tombé par hasard sur cet article.

Mais j'ai pris un grand intérêt à le lire. Je n'ai pas d'avis, seulement des sentiments.

Et le premier de ces sentiments est le suivant : cette dame, dont je n'ai jamais entendu parlé, ne passera pas à l'oubli. Cette photo et vos commentaires la feront survivre désormais, y compris dans la mémoire de gens qui ne l'ont jamais connue.

Vous avez eu raison de poster cet article.

Bien à vous, Sylvain, Paris.

Mel :) a dit…

Merci Sylvain... Son départ causa un onde de choc au travail mais c'est si peu comparativement à la tristesse que son absence laisse dans la vie de ses parents, de sa fille, de sa famille... Chaque fois que je repense à elle, j'ai le coeur gros...